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Le travailleur de rang

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Une plus-value pour une qualité de vie en milieu rural agricole

Mise en contexte

De tout temps, notre agriculture a été un pilier de l’économie québécoise, une histoire de famille et un héritage transmis de génération en génération. S’il en est encore ainsi aujourd’hui, les règles du jeu se sont profondément transformées : de simples exploitants qu’ils étaient, nos producteurs et productrices agricoles sont devenus des gestionnaires d’usine à ciel ouvert. Autres temps, autres mœurs…

De nombreux facteurs sont venus alourdir la tâche des familles agricoles, beaucoup moins nombreuses, il va sans dire? Aux changements climatiques, aux contraintes de réglementations toujours plus rigoureuses, à la vive concurrence des marchés mondiaux et à de multiples autres impondérables se sont ajoutés la rareté de la main-d’œuvre, l’arrivée en force de la technologie, le surendettement, tout cela, afin de suivre la parade d’obligations. La fragilisation de l’agriculture, qui se répercute sur la santé physique et psychologique du producteur et de ses proches, se traduit par de multiples abandons de ferme. Plus que jamais, il faut une santé de fer et des nerfs d’acier pour tirer son épingle du jeu. Dans les productions les plus vulnérables, les familles ont l’impression d’être abandonnées à elles-mêmes.

Il faut cependant creuser davantage pour bien cerner la problématique. Alors que les générations précédentes jouissaient du respect et de l’estime de la population, le capital de sympathie des familles agricoles a fondu comme neige au soleil. Un fossé s’est creusé entre la ferme et la table, faisant naître de nombreux préjugés. Vus comme des pollueurs de la pire espèce, les producteurs agricoles accordent pourtant plus d’attention à leurs terres et à leur ferme qu’à leur propre santé. Ils ont aussi une conscience sociale et environnementale bien développée. Comme fournisseurs des produits de base de notre alimentation, ils n’ont jamais failli à la tâche. Aussi, les pratiques agricoles sont encadrées par des normes environnementales toujours plus strictes. Malheur à celui qui les contourne !

À ce courant d’opposition s’ajoute la voix montante des « rurbains », ces citadins qui élisent domicile dans les milieux ruraux, en périphérie des grandes villes, et se disent importunés par les odeurs et les bruits générés par l’activité agricole. Cherchant le meilleur des deux mondes, ils réagissent comme si l’agriculture était un caprice. Leur compréhension limitée de l’agriculture et de l’agriculteur alimente cette intolérance.

Le travailleur de rang : agent de changement

Conçu et développé par Maria Labrecque Duchesneau, directrice fondatrice d’Au Cœur des familles agricoles (ACFA), le concept de travailleur de rang, inspiré du travailleur de rue, s’inscrit dans une approche préventive proactive. Il cible les producteurs agricoles et leur famille et englobe le réseau social et la communauté. Soulignons qu’ACFA, un organisme à vocation sociale de notoriété nationale, actif à l’échelle provinciale, se dédie au mieux-être des familles agricoles et à leur santé mentale. Voilà une dizaine d’années que Maria agit comme intervenante psychosociale en milieu rural agricole. Face à une demande grandissante, cette pionnière du travail de rang eut un jour l’idée de multiplier la formule, sans alourdir la structure de l’organisme. L’année 2009 a vu poindre une relève dans le cadre des Laboratoires ruraux du Ministère des Municipalités (MAMROT) d’un projet pilote mené sur six ans, à l’intérieur de deux municipalités. Avec l’embauche de deux travailleuses de rang, oeuvrant chacune dans la complémentarité avec une municipalité, un CSSS et un CLD, un premier coup de barre était donné. ACFA s’est aussi allié l’expertise de l’Agence de santé et des services sociaux de la Montérégie pour orienter le projet et le mener à bon port.

La réalité agricole : l’humain d’abord!

De façon générale, la propriété des exploitations agricoles au Québec est majoritairement réservée aux hommes. Les femmes, propulsées par la détermination, le don de soi et la passion, acquièrent, avec l’appui de divers groupes, la visibilité nécessaire pour que leur contribution au développement de la ferme et de l’agriculture soit reconnue. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Plus souvent qu’autrement, femmes et enfants y sont peu, sinon aucunement rémunérés. Pourtant, sans la femme qui relie tous les rouages et éteint les feux, la machine ne saurait tourner aussi rondement. Pas étonnant alors que les femmes soient celles qui absorbent le plus haut niveau de stress sur la ferme. Là où travail, famille et valeurs intergénérationnelles se confondent et s’entrechoquent, elles n’ont pas leur pareille pour apaiser les conflits qui éclatent en raison de cette proximité.

Parmi les fils et les filles de producteurs, certains nourrissent un attachement pour le patrimoine, ou à tout le moins l’ambition de reprendre la ferme. Les transferts de ferme, qui s’échelonnent généralement sur plusieurs années, ne se font pas sans heurts. Il s’agit d’abord et avant tout d’une affaire de cœur. Après s’être investis corps et âme dans l’entreprise, les parents voudront que leur relève fasse ses preuves. À l’inverse, le jeune interprétera cette prudence comme un manque de confiance. Bien sûr, le couple sera tiraillé entre l’idée de favoriser l’accès des enfants à la propriété et le désir bien naturel de s’assurer une retraite confortable.

Heureusement, les jeunes de la relève sont de plus en plus encouragés à se former et à acquérir des outils qui contribuent à une gestion et une prise de décisions éclairées. Lorsqu’ils prennent les rênes de l’entreprise, ils possèdent déjà une expérience pratique et sont pleinement conscients du travail et des horaires contraignants qui vont de pair avec ce métier. Pour assurer la rentabilité de son entreprise, pour veiller sur la qualité de sa production et la santé de son troupeau, le producteur doit pouvoir puiser dans ses propres ressources, tout en demeurant à l’affût de l’actualité.

Les producteurs et productrices agricoles ont beau chérir leur indépendance, leur ferme n’est pas une île pour autant. Tous doivent se soumettre aux réglementations imposées par le monde des affaires agricoles et les différents paliers gouvernementaux, incluant le Ministère de l’Environnement, le MAPAQ et la Financière agricole du Québec.

Devant le surendettement ou l’absence de relève, certains producteurs se résignent, la mort dans l’âme, à abandonner leur ferme. Un dur prix à payer pour ceux et celles qui y ont investi de 80 à 100 heures par semaine, sept jours sur sept, durant toute une vie. Pour la plupart des producteurs, un abandon de ferme équivaut à un constat d’échec, une atteinte à la fierté, la honte d’abandonner le patrimoine familial dont ils auront beaucoup de difficulté à se remettre.

Problématique et pistes de solution

Population vieillissante, exode des jeunes vers les villes, rangs désertés, difficulté d'accès aux services publics, économie anémique, insécurité, repli sur soi, détresse, voilà le triste portrait de la réalité rurale. Dans un tel contexte, comment s’adapter lorsque des monuments s’effondrent, que les pertes laissent des blessures profondes et que la cohabitation entre ruraux et rurbains devient facteur de division et de stress? Comment retrouver une qualité de vie ? Et si l’entraide était la solution...

Les CSSS des différentes régions du Québec, qui comptent parmi les ressources existantes, offrent à toute la population des services médicaux et psychosociaux en urgence, avec ou sans rendez-vous, ou via le téléphone, 24 heures sur 24, tel Info-Santé. Le secteur privé est également présent dans le domaine de la santé, tout comme les organismes communautaires. Ces services sont surtout offerts de jour et le soir jusqu’à 20h.

Les familles agricoles qui vaquent à leurs tâches d’un soleil à l’autre, souvent loin de la ville, sont peu portées à y accéder. Elles se résignent à consulter lorsque le problème nuit à la bonne exécution des tâches. Comme quoi, en agriculture, le travail passe avant tout! Dans le milieu, c’est bien connu, le monde des affaires agricoles et les services gouvernementaux se sont adaptés à cette réalité typiquement agricole et se rendent sur la ferme pour rencontrer les producteurs. Les services de santé doivent en faire autant. Une telle compréhension est essentielle pour répondre adéquatement aux besoins.

Le rôle d’ACFA

Né du besoin ressenti par sa fondatrice de se porter au secours des producteurs en difficulté, ACFA a greffé à sa structure un réseau d’entraide qui lui permet de faire le maximum avec un minimum de ressources. ACFA se positionne ainsi comme « aide et référence » en milieu agricole et fournit un soutien qui varie selon l’urgence de la demande. Les CSSS, les organismes communautaires et autres services prennent le relais de sa ligne d’urgence pour assurer le suivi quand c’est possible. ACFA voit ainsi à créer des conditions propices à une meilleure qualité de vie pour ses protégés.

En plaçant la santé au premier plan, ACFA fait le lien entre ceux qui ont besoin d’aide et ceux qui veulent aider. Dans ses interventions, il est important de connaître l’agriculture dans toutes les productions. Des moyens simples et accessibles, à l’image de sa clientèle, sont utilisés. Tout en ciblant les familles agricoles, ACFA étend son action à la population étudiante, aux retraités et aux gens d’affaires du milieu agricole. Sensibiliser ses nombreux collaborateurs à la réalité agricole fait aussi partie de ses objectifs, comme en fait foi son projet Travailleur de rang.

D’entrée de jeu, les interventions d’ACFA ont été axées sur la cellule familiale. La raison est simple : en milieu rural, et encore plus sur les fermes, les difficultés, les conflits, les problèmes financiers et la maladie n’affectent pas qu’un seul individu… En ajout, une ferme dans sa continuité au quotidien. Le producteur malade, blessé et/ou pas d’humeur, les vaches se font traire soir et matin pareil.

De travailleur de rue à travailleur de rang

À l’instar du travailleur de rue, le travailleur de rang (TR) a pour rôle d'entrer en relation avec les personnes isolées là où elles sont. Ce travailleur de terrain valorise la justice, l’égalité, la dignité humaine et la solidarité. Il est à l’affût des besoins et s’assure que chacun trouve sa place sur la ferme. Pour ce faire, il tisse des liens et met des gens en contact. Il recense les talents et les intérêts. Le réseautage lui permet de repérer les leaders, les aidants et autres ressources pour s’en faire des alliés qui seront amenés à s’investir dans un projet collectif dont ils vont bénéficier.

Grâce à une approche éducative et préventive, le TR favorise le développement des compétences personnelles et sociales de chacun, contrant l’apparition de problèmes tels l’isolement, la dépression, la toxicomanie, la violence et j’en passe. En intervenant individuellement auprès des familles, il invite les personnes rencontrées à partager leurs compétences et leurs capacités d’interagir dans leur communauté. Il encourage la tenue d’activités sociales auprès des jeunes et des moins jeunes, contribuant à ce qu’ils se prennent en main. En inculquant de bons comportements, le TR mise sur la volonté du milieu pour développer son plein potentiel, cheminer vers une autonomie responsable et augmenter sa capacité d'adaptation au changement. Le TR, comme catalyseur d’une synergie régionale, fait naître une complicité chez les divers acteurs de sa communauté, ainsi que le goût de participer à un travail pluridisciplinaire, dans la complémentarité. La nature de son travail favorise le dépistage des situations problématiques, ce qui lui permet d’intervenir, de façon individuelle, pour appuyer la ou les personnes concernées dans la recherche d’une solution durable

Conclusion

Il n'y a rien de tel que le plaisir de travailler ensemble et de se retrouver pour faire naître une volonté de changement. Parmi les changements observés, relevons une vie plus équilibrée, le rapprochement des familles et des générations, le partage des passions, du savoir et du savoir-faire, ainsi que l’attachement des adultes de demain à prendre la relève en transportant les traditions à travers l’évolution. La création d'un climat de confiance et de sécurité encourage la libre expression de la créativité, du leadership et d’une relève dynamique qui sait faire la part des choses.

Là où on est heureux, on crée et on s’y multiplie. Aux yeux du TR, les membres d’une communauté qui évolue dans le respect mutuel ne sont rien d’autre qu’une grande famille. Autant de gens, à proximité, sur qui on peut compter et avec qui partager dans les moments de joie comme dans les difficultés.

Le projet Travailleur de rang est un modèle souhaité et exportable dans les diverses régions rurales du Québec.

L’approche «Travailleur de rang» au programme Hiver 2012

ACFA offrira une formation sur mesure présentant l’approche du Travailleur de rang, le producteur agricole et sa famille, le milieu agricole et la communauté rurale en santé. Cette formation s’adresse aux travailleurs sociaux et toutes personnes en relation d’aide désirant connaître et s’intégrer dans le milieu rural agricole. Information : (450) 768-6995.

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